Pour la réhabilitation du 111e RI d'Antibes

Allocution prononcée le 27 octobre 2017 à la caserne Gazan d’Antibes par le chercheur en sciences sociales André Payan-Passeron

 

" Nous rendons aujourd’hui hommage au caporal Honoré Ferare, Mort pour la France, tué à Dieuze le 20 août 1914 et, à travers lui, au 111e régiment d’infanterie d’Antibes.

Un 111e dont l’honneur est bafoué depuis plus de cent ans par des accusations et des rumeurs qui n’ont aucun fondement.

Mais, aujourd’hui, grâce aux archives militaires numérisées, nous sommes en mesure de démontrer que le 111e n’a jamais démérité.

Nos recherches ont été cartographiées par nos soins dans notre ouvrage « Quelques vérités sur la guerre de 1914-18 ». Ouvrage que nous avons fait enregistrer au Service Historique de la Défense à Paris et dont une centaine de pages sont consacrées à rétablir la vérité des faits.

En effet, deux accusations infamantes frappent le 111e. La première est celle dont lui et sa 29e Division ont fait l’objet dans la presse en août 1914 et, la seconde, celle dont le 111e et sa 57e Brigade ont été victimes en mars 1916 à Verdun.

Le jour où Honoré Ferare a été tué, le 20 août 1914, en Lorraine envahie par nos troupes, c’est toute la 2ème Armée qui – sur un front de 50 km – est sévèrement battue par la VIème armée allemande. Une armée dont la puissance de feu est incomparable avec ses mitrailleuses MG et, surtout, avec ses canons lourds – modernes et à cadence de tir rapide – qui sont hors de portée de nos canons de 75 mm.

A partir de 4 heures du matin, la contre-offensive allemande est victorieuse au cours des trois batailles qu’elle a engagées. A sa gauche, celle de Bisping contre le 16e Corps. Au centre celle de Dieuze contre le 15e Corps pris dans une nasse mortifère. Et à sa droite celle de Morhange contre le 20e Corps de Foch.

Toutes les unités françaises se défendent honorablement mais toutes sont obligées de se replier avec de très lourdes pertes. C’est ainsi que le 111e – ayant enregistré 70 % de pertes – est réduit à un seul petit bataillon au lieu de trois.

Pour la France, c’est la 1ère grande défaite et l’opinion publique – désemparée – réclame des responsables.

Pour ne pas reconnaître l’échec de son plan et la surpuissance du feu de l’ennemi, le généralissime Joffre va accuser de cette défaite le seul 15e Corps qui s’est pourtant battu aussi bien que les autres.

Et cette accusation va être amplifiée par un article du journal parisien Le Matin qui est lu dans toute la France. Article qui accuse précisément la 29e Division et ses unités dont le 111e d’Antibes nommément cité.

Le 111e qui – dans les 45 premiers jours de la guerre – va enregistrer 89 % de pertes par rapport à son effectif de départ. Un 111e qui a donc fait preuve d’un héroïsme sans pareille d’abord en défense à Dieuze, ensuite en participant à la reconquête de Lamath et de Xermaménil puis à la victoire de Revigny-Vassincourt durant la gigantesque bataille de la Marne.

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Venons en maintenant à la 2ème accusation de mars 1916 à Verdun-Ouest. Ayant échoué à prendre la cote 295 Mort-Homme, l’ennemi décide de s’emparer du bois de Malancourt pour conquérir le plateau de la côte 304 où sont positionnées les batteries françaises qui les bombardent.

L’accusation formulée alors à l’encontre du 111e est tellement grave qu’elle nous oblige à préciser les insuffisances françaises dans la défense de ce bois relevant de la 57e Brigade.

Il s’agit d’un bois de forme triangulaire dont la base de 2 000 mètres fait face à l’ennemi et dont la hauteur – qui correspond à un large chemin forestier central – s’allonge jusqu’au PC du 111e puis à celui du général de la 57e Brigade.

Pour simplifier, les 4/5èmes du bois ne comprennent aucun centre fortifié et ne sont défendus que par 9 compagnies soit 1 800 hommes pour quelques 3 km de tranchées. Avec, en 1ère ligne, 6 compagnies du 111e et, derrière eux, en 2ème ligne, par seulement 3 compagnies du 106e Territorial de l’Isère.

En revanche, les 1/5èmes restants sont défendus par 6 compagnies du 258e d’Avignon : 4 dans le bois et les 2 autres dans 2 centres fortifiés en lisière du bois.

Par où croyez-vous que l’ennemi va attaquer ? Par la 1ère ligne occupée par ceux du 111e bien sûr. Mais, bien que disposant en renfort d’une division d’élite bavaroise de 9 000 hommes et de batteries lourdes, l’ennemi ne veut pas attaquer frontalement ceux du 111e sur les 1 500 mètres de leur tranchée. Pourquoi ? parce que l’ennemi sait que les survivants du bombardement leur résisteraient jusqu’à la mort.

C’est pourquoi, l’ennemi va mettre en œuvre un stratagème diabolique.

Le 20 mars 1916, les Allemands commencent par bombarder massivement tout le secteur en pulvérisant la plus grande partie des tranchées françaises. Puis, à 14 heures, avec bombes, fumigènes et lance-flammes, il occupe et sécurise une tête de pont à l’entrée du chemin forestier central. Tête de pont par laquelle vont s’infiltrer – par vagues successives – des milliers et des milliers de fantassins allemands. Fantassins qui prennent à revers et encerclent les survivants du bombardement : d’abord ceux de la 1ère ligne puis ceux de la 2ème ligne et enfin ceux des PC du 111e et de la 57e Brigade.

En 2 h 30, l’ennemi s’est emparé de la quasi-totalité du bois et a mis 2 600 Français hors de combat : tués ou faits prisonniers – blessés ou pas – y compris 2 chefs de bataillon du 111e, les colonels des 111e et 258e régiments ainsi que le général de la 57e Brigade et tous leurs états-majors.

Pour les Français à Verdun, c’est une terrible défaite.

Pour nous humilier tout en glorifiant leur victoire, la propagande ennemie va « claironner que 2 900 français non blessés se sont rendus sans combattre ».

Une accusation infamante que reprend textuellement le général de la 29e Division qui – pour ne pas reconnaître la supériorité évidente de l’ennemi – va accuser ses soldats de trahison en promettant à ceux faits prisonniers sans avoir été blessés d’être traduits en Conseil de guerre à la fin des hostilités.

Le général Pétain – qui commande alors à Verdun – s’inscrira en faux contre cette accusation infamante en écrivant en 1929 dans son ouvrage « La bataille de Verdun » : « L’ennemi devait ce 1er succès réel sur la rive gauche à la brillante conduite de la 11e division bavaroise, unité d’élite, dont l’irruption soudaine avait surpris nos troupes. »

Malgré ce démenti et les pertes de l’ennemi précisées dans les archives allemandes, c’est cette accusation qui a prévalu jusqu’à nos jours notamment contre le 111e alors que cette accusation n’a aucun fondement.

Sur les 2 400 hommes valides du 111e à la date du 10 mars, il n’en reste plus que 800 deux semaines plus tard à la relève. Le 111e décimé a alors perdu les 2/3 de son effectif et il est réduit à un seul petit bataillon au lieu de 3.

Quelle va être la décision de Joffre à son égard ?

Celle de le sanctionner et de le dissoudre ? Absolument pas ! Joffre décide, au contraire, de recréer le 111e sur la base de 3 bataillons avec le renfort des « restes » du 402e régiment qui, lui, est dissous. Joffre réfute donc – de fait – l’accusation formulée contre le 111e qui est ainsi réhabilité. Et le 111e, reconstitué, va combattre en 1ère ligne sur le front alsacien à l’est de Belfort.

Ce n’est que 3 mois plus tard – pour renforcer d’autres régiments à leur tour décimés – que Joffre décide de dissoudre 3 régiments affaiblis – les 111e, 238e et 292e – dont les drapeaux seront envoyés à leurs dépôts. Dans ce cas précis, cette dissolution du 26 juin 1916 ne relève pas d’une sanction mais de la simple gestion dans l’urgence des effectifs régimentaires en fonction des nécessités de la guerre.

C’est ainsi que le 111e a été progressivement démembré entre le 1er et le 15 juillet.

Ainsi se termine, en juillet 1916, l’histoire du 111e d’Antibes qui, en deux années de guerre, a enregistré – d’après nos calculs – près de 5 700 tués, blessés, disparus et faits prisonniers.

Le 111e d’Antibes a bien été victime d’accusations puis de rumeurs infondées et colportées contre lui jusqu’à nos jours.

Il serait donc normal – après l’article de Nice-Matin paru hier – que les médias régionaux mais aussi nationaux participent à rétablir la vérité des faits et l’honneur du 111e d’Antibes qui n’a jamais démérité.

La Ville d’Antibes et la caserne Gazan peuvent donc être fières de leur 111e Régiment d’infanterie."

André Payan-Passeron auteur de l'ouvrage «Quelques vérités sur la guerre de 1914-18» (298 pages illustrées de 85 cartes et plans) publié aux éditions L'Harmattan le 23 juin 2017.


HARMATTAN cartes 39

Pour être scientifiquement fondée, la recherche historique d'ordre militaire implique des cartographies explicatives